L’enquête reprend!

Ca y est, l’équipe 2 reprend l’enquête sur les poilus de Madrid. Ils vont devoir redoubler d’efforts, nos élèves de seconde 3, car le temps presse. Nous nous sommes donnés 6 semaines avant de révéler à la communauté scolaire l’identité des poilus de notre plaque. Heureusement, nous pouvons nous appuyer sur le travail réalisé l’an passé. Cette première séance commence donc par la base : observer la plaque et la questionner,Faisons donc le point en reprenant les questions des élèves.
  • Qui est à l’initiative de ces plaques ?
C’est la Société de bienfaisance, d’Aide mutuelle et d’Enseignement qui prend la décision en février 1919 de créer une plaque commémorative pour les enseignants et anciens élèves du Collège morts pendant la guerre. Nous avons retrouvé le compte-rendu de cette prise de décision dans les registres conservés à la Casa Velazquez.

Séance du 17/02/1919

« M.Le président propose qu’une plaque commémorative des professeurs et anciens élèves de l’Ecole morts à la guerre soit installée dans l’École. Le Conseil l’approuve et accorde qu’une petite cérémonie officielle accompagnera l’inauguration de cette plaque »

  • Quand la plaque a-t-elle été inaugurée ?
La plaque a été inaugurée le dimanche 22 juin 1919 dans les locaux de l’Institut. Cette cérémonie est évoquée dans les registres de la Société de bienfaisance :

Séance du 16/06/1919

« Avant de lever la séance, M.le Président annonce que le dimanche 22 juin à 11h1/2 en présence de M.l’Ambassadeur, sera inaugurée la plaque commémorative apposée dans le vestibule de notre établissement, en l’honneur de nos glorieux morts et disparus »

La presse espagnole s’est fait l’écho de cette cérémonie. On trouve même une incroyable photographie sur le site du journal ABC.
  • Comment ont été financées  ces plaques ?
Nous n’avons pas trouvé d’informations pour l’instant. A-t-elle été financée  par la seule société de Bienfaisance, par plusieurs associations comme le Cercle français ou la Chambre de commerce française, ou bien encore par une souscription? On l’ignore.
  • En quelle matière sont-elles ?
Les élèves identifient vite le marbre des plaques. Si besoin était, le bulletin de la société de bienfaisance du 7 mars 1920 le confirme en rapportant le discours de l’ambassadeur :

“Votre conseil, mettant à exécution le projet dont il vous entretenait dans son Rapport de l’année dernière, a fait placer dans le Hall du collège des tables en marbre où sont gravés les noms des Professeurs et anciens élèves tombés au champ d’Honneur. »

  • Quelles sont les dimensions des plaques ?
Nous n’avons pas encore pu mesurer les plaques. Une étape à ne pas oublier cette année pour décrire précisément notre monument. Comment expliquer les différents aspects des plaques ? Des différences dans la gravure des lettres et la couleur des lettres montrent distinctement que les deux plaques verticales et l’inscription « aux morts pour la patrie » sont contemporaines et datent de 1919, alors que l’inscription « Et pour la liberté » et la plaque « 1939-1945 » sont postérieures à la seconde guerre mondiale. La dorure est abîmée en partie sur la plaque, car une partie de la plaque reçoit l’éclairage direct du soleil. C’est cette partie qui est dégradée.
  • Pourquoi deux  plaques pour les morts de la Grande guerre ?
Ce sont les archives qui permettent de formuler une hypothèse explicative. En février 1919, la Société de Bienfaisance prend la décision de rendre hommage aux professeurs et anciens élèves morts pour la France. Dans son rapport du 21/04/1919, reproduit dans son bulletin, on trouve le texte suivant : Pour perpétuer le souvenir des braves qui ont fréquenté notre Collège, et pour les donner en exemple aux générations futures, nous nous proposons de placer dans le Hall de notre établissement une plaque en marbre où seront gravés les noms des Professeurs et des Anciens Elèves morts pour la patrie : PROFESSEURS MM. Commenge, Henri Maraval, Paul Capdecomme, Etienne ANCIENS ELEVES MM. Süss, Marcel Batiste, Gaston Thers, Jean Blanc,Louis Mombrun, Joseph Créhange, Albert Claude, André Disparu : Laparra, Antoine On remarque que dans cette publication, les noms sont classés par date de décès, telles qu’elles ont été connues par la Société. Entre le mois d’avril et le mois de juin, la décision est prise de graver une autre plaque avec les noms de Français de la colonie française de Madrid, ni professeurs, ni anciens élèves. Lors de l’inauguration le 22 juin 1919, l’Ambassadeur se réjouit de l’extension de » cet hommage de reconnaissance à tous les Français de la colonie de Madrid, morts pour la Patrie ». Ainsi s’explique les deux plaques.
  • Comment expliquer l’ordre des noms sur la plaque
On remarque que sur la plaque, les trois professeurs sont par ordre alphabétique. Même remarque pour les anciens élèves, à l’exception de Laparra Antoine dont le décès a sans été officialisé après la gravure de la plaque, en bas de laquelle un espace avait été laissé vierge. Son nom faut sans doute rajouté ainsi. Dans la plaque de la colonie française, un ordre alphabétique fonctionne de Bacquié à Saunnier, ce qui correspond à une première liste de nom dont le décès était officiellement reconnu. Seul erreur, ESCARGUEL qui figure au dessus de CAMURAT. Probable explication, une erreur de gravure impossible à corriger vu le prix du marbre?Une seconde liste alphabétique de HAUSER à SUPIOT gravée dans une deuxième temps. Puis des des ajouts d’abord sur la plaque de gauche, puis sur la plaque de droite, au fur et à mesure que des noms sont signalés à la Société de Bienfaisance. En suivant cette hypothèse, DEMICHEAUX fut le dernier nom rajouté en bas de la plaque, sans doute peu de temps avant l’inauguration. C’est pour cela sans doute qu’on ne le retrouve pas sur les plaques de l’Eglise Saint-Louis (inaugurée 3 jours avant celle du Collège) et sur celle du Consulat (de 1921).
  • Comment les noms ont-ils été choisis ?
L’explication est simple pour certains poilus : les professeurs et les anciens élèves. Toutes les sources sont concordantes. Là oú le flou règne, c’est dans la liste de la colonie française. Qu’est ce qui prouvait l’appartenance à la colonie française de Madrid? La présence en 1914 à Madrid ? L’immatriculation consulaire? L’implantation familiale dans la communauté française ou dans les associations actives dans cette communauté? Des noms ont été écartés aussi, alors qu’ils ont été cités en 1918 dans des discours lors de l’armistice : par faute d’officialisation du décès? par pression car un frère fut insoumis? Il n’est pas toujours facile de le savoir, car on sent bien que cette liste a été établie dans la précipitation au printemps 1919.
  • Comment interpréter les dates de 1914 sur la plaque de gauche et 1918 sur la plaque de droite ?
Elles indiquent tout simplement le début et la fin du conflit et n’indiquent rien sur les dates de décès des soldats de chacune des plaques
  • Pourquoi retrouve-t-on 3 fois le patronyme PARIS sur la plaque ?
On retrouve deux frères, Roger et Franc, qui sont deux des cinq fils de Pierre PARIS, qui ont tous participé à la guerre. Quant à Louis Paris, nous avons découvert qu’il était caoutchoutier à Montreuil et n’avait aucun lien avec la famille de Pierre Paris.
  • Quand la plaque a-t-elle été déplacée au lycée de Condé de Orgaz ?
Nous n’avons pas cette information, mais elle a sans doute été transférée lors du déménagement du lycée.
  • Pourquoi y a-t-il plus de noms pour la première guerre mondiale que pour la seconde ?
On réalise bien ici la plus forte mortalité de la Grande guerre, doublée aussi d’une baisse en taille de la communauté française de Madrid après la guerre civile espagnole.
  • Pourquoi figure le mot « collège » et pas le mot lycée ?
Au début de l’année 1919, l’école française gérée par la Société de Bienfaisance est une école primaire et un collège. Les élèves finissent ensuite leur scolarité en France pour passer le baccalauréat. A Bordeaux par exemple. C’est seulement à la fin de l’année 1919 que le collège va se transformer en Lycée sous contrôle de l’Etat français, la Société de Bienfaisance accompagnant désormais par des bourses les élèves des familles en difficultés.
  • Que représente les feuilles sur l’inscription la plus élevée ?
C’est le laurier, symbole de la victoire, qui sous forme de couronne et de branche, surmonte l’inscription « Aux morts pour la patrie »
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