Sur les traces de la « famille américaine » de Paul Henri DEBRION (1883-1917)

Deux incroyables lettres figurent dans les trésors mis en ligne par Xavier DEBRION.

La première lettre est écrite en français. En voici le contenu.

Decembre 11 1919
Chère Madame de Brion
Il y a longtemps que je vous aurais écrit pour vous dire que j’ai reçu votre lettre avec la photographie de vos enfants, Marguerite et Paul, et le diplôme d’honneur me montrant que j’ai adopté une petite fille bien appliquée. Elle aussi, m’a écrit très gentiment et bientôt je lui écrirais.
Je n’étais pas sûre que vous puissiez comprendre mon français, aussi j’espère que vous puissiez trouver un interprète pour mon anglais.
Mon fils, le lieutenant Kerr Atkinson, se joint à moi en envoyant le présent de Nôel ci joint pour votre famille et nous tâchons autant que cela nous est possible de vous assister dans le maintient des enfants d’un brave français.
Soyez assurée chère madame, que nous considérons ceci comme un privilège.
J’ai acheté (pas très bien) quelques pécadilles pour Marguerite et Paul et j’espère qu’elles leur arriveront à temps pour la Noêl,
Mon fils était en France, il y a un an, mais me revient sain et sauf.
Dîtes à Marguerite que j’ai bien apprécié ses lettres et que je lui envoie mes remerciements.
Employez ceci (ci-joint) pour vous mêmes et pour les enfants et veuillez
accepter nos voeux et vous souhaite les plus affectueux.
Je vous suis bien cordialement à vous
Mrs Elizabeth Kerr Atkinson »

Enveloppe du courrier postée en 1919 à la famille DEBRION. L’adresse de l’expéditeur indique 502 W 113St New-York

Une lettre plus courte rédigée en anglais et signée par le Lieutenant Kerr accompagne cette première lettre.

Peut-on retrouver une trace de ce Lieutenant Kerr et de sa mère
Elizabeth Kerr Atkinson? C’est bien possible! Le 2 novembre 2017, William C. Atkinson, dit Bill Atkinson, âgé de 92 ans, a publié un article sur la vie de son père Francis Kerr Atkinson (1890-1976), qui est… et oui, le Lieutenant Kerr des lettres à la veuve de Henri DEBRION!

Qui est le lieutenant KERR?
Le père de Bill Aktinson, notre blogger nonagénaire, Francis Kerr Aktinkson donc, est né en 1890, du mariage de Georges Aktinson et d’Elizabeth (Lizie) Graham Kerr, devenue après son mariage en 1887 Mrs Elisabeth Kerr Aktinson… le même nom que la signataire des lettres.  Il a une soeur Clara née en 1892. Bill mentionne sans date l’existence d’une autre soeur, Joséphine, morte pendant son enfance. Il est intriguant de retrouver ce prénom Joséphine, qui est celui de la marraine indiquée par Xavier Debrion. Encore plus intriguant qu’aucune notice biographique ne mentionne cette naissance. En fait un lourd silence plane sur Clara Aktinson précise Bill Aktinson.

« With the exception of an occasional vignette (my dad) never spoke in detail of his years as a boy and young man at home in Ithaca. He rarely mentioned his family or his sister Clara; an omission I never questioned until years later. Only near the end of his life did I learn from him that his parents had separated and divorced over his father’s alcoholism (probably around 1910) and, further, that his sister Clara had died a suicide in 1917 in New York City [ ]. He revealed these secrets to me with great emotion and I realized that they were born in a different cultural era where divorce and suicide were universally considered to be dark and shameful family failings.  »

La perte de leur fille et soeur ont sans doute contribué à la générosité des Atkinson mère et fils. Se peut-il que Clara se soit fait appeler Joséphine? Etait-ce elle finalement la marraine de guerre d’Henri DEBRION? Est-ce pour cela que sa famille s’est sentie liée aux enfants DEBRION?

Avril 1917. Les Etats-Unis entrent en guerre. Francis Kerr Aktinson s’enrôle dans l’American Expeditionary Force (AEF) comme ingénieur dans une formation pour devenir officier. Il en sort comme « First Lieutenant » et arrive en France à la tête de la 78eme division, 303rd Engineer Train “comprising 125 men, 100 mules, 25 wagons and 12 motor trucks.” Il participe aux travaux de la reconstruction du pont de l’Aire sous le feu ennemi et poursuit son service actif jusqu’à l’armistice.
Aux Etats-Unis, son père meurt de la grippe espagnole en 1918. Francis Kerr ne rentre aux Etats-Unis qu’en 1919, car il faut un certain temps pour organiser le réembarquement de la totalité du corps expéditionnaire américain.

1918_FKA
Portrait du Lieutenant Kerr, publié sur le blog de son fils en 2017

Après la guerre, Francis Kerr Aktinson s’installe à New-York pour travailler avec un camarade d’avant guerre, ingénieur, Roderick Donaldson. Bill, dans son article, précise la nouvelle adresse de son père à Manhattan en 1919: 502 West 113th StreetC’est précisément l’adresse qui figure sur l’enveloppe que reçut Marie DEBRION, la veuve de notre soldat. Incroyable, non?

Est-ce que ces liens ont perduré après 1919? Bill Atkinson indique que pendant des années son père a gardé des liens avec une famille française chez qui il logea en 1919 à Venarey-les-Laumes ; la famille Chapeau. Il soutint financièrement l’éducation de leur jeune fils Fernand Chapeau, et lui envoya aussi des cadeaux pour Noêl.

Nous avons envoyé un message via son blog à Bill Atkinson. Nous répondra-t-il? Possède-t-il les lettres envoyées à sa mère par la famille DEBRION? Nous ne le savons pas encore…

Un commentaire sur “Sur les traces de la « famille américaine » de Paul Henri DEBRION (1883-1917)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s