BACQUIE Alphonse (1893-1915)

Né à Madrid le 10 mars 1893 de père français et de mère espagnole, il part à Toulouse pour faire son service militaire. Il fait partie de la classe 1913 et intègre le 24ème régiment d’Infanterie Coloniale. Il meurt à Massiges le 4 février 1915 à la suite d’une erreur des dirigeants lors d’une bataille de la Marne. Alphonse Bacquié laisse deux enfants orphelins de mère inconnue qui seront pris en charge par la Société de Bienfaisance. Ces derniers sont nommés Pupilles de la Nation et envoyés à Paris en 1923, au grand regret de leur grand-mère.

Alphonse Bacquié apparaît sur la plaque dans la catégorie « Colonie française ». Cela est certainement dû à son lien avec Madrid (il y est né et y a vécu).

Les sources

  • La fiche mort pour la France
  • Le livre d’or de 1935
  • Le Journal des Marches et des Opérations du 24eme régiment d’infanterie coloniale
  • L’historique du 24eme régiment d’infanterie coloniale
  • Les compte-rendus des conseils d’administration de la Société de Bienfaisance
  • Le bulletin de la chambre de commerce

Les informations biographiques

  • Son père:  Il s’agit d’ Antoine Isidore Marius Bacquié, de nationalité française.

Il est possible qu’il soit originaire de Toulouse. En effet, sur le registre matricule de son fils, il figure domicilié dans cette ville. De plus, il s’agit d’un nom très commun à Toulouse, comme nous avons pu constater sur le recensement de population. Par ailleurs, nous avons trouvé, sur les documents de la bibliothèque nationale mis en ligne, un Antoine Bacquié. Ce dernier est propriétaire d’une épicerie au 3, Place des Carmes à Toulouse, en 1893. Le 6 septembre de cette même année, il se déclare en faillite et liquide le 27 juin. Nous ne somme pas certaines qu’il s’agisse du père du soldat étant donné que ces dates sont trop proches de la naissance d’Alphonse.

  • Sa mère: Sa mère, Carmen Casar, est espagnole. Nous n’avons aucune information supplémentaire sur elle. Cependant, une certaine Carmen Casar Maurin a été enterrée en 1969 au Cementerio de la Almudena, à Madrid. Il nous reste encore à confirmer s’il s’agit de la mère de notre soldat.

 

  • Né le 10 mars 1893 : Il y a une erreur sur la fiche mort pour la France. Nous avons trois dates de naissance différentes : 10 mars 1896 (Morts pour la France), 10 mars 1893 (livre d’or) et 10 juin 1893 (Registre Matricule). Or, nous savons qu’Alphonse est de la classe 1913, même s’il fait son registre de matricule en 1914. Cela est dû au fait qu’il habite à l’étranger et il y a donc un délai pour se rendre en France. Cette information nous permet donc de confirmer que son année de naissance est 1893, puisque les jeunes Français faisaient leur service militaire à 20 ans. Pour le mois nous n’avons aucune information qui prouve que ce soit en mars ou en juin.

 

  • son lieu de vie à Madrid : le Barrio de Arganzuela
  • 1914: Alphonse Bacquié a 20 ans. Son niveau d’études est qualifié de 0. Cela signifie qu’il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter et qu’il n’a même pas fréquenté l’école primaire. Avant son départ pour la guerre, il est journalier. C’est donc un ouvrier engagé et payé à la journée. Cet emploi a pour conséquences une forte insécurité, un salaire faible, et des conditions de vie et de travail pauvres et précaires. Pendant cette période, il résidait à Madrid avec ses parents.

 

  • 1 octobre 1914: Alphonse Bacquié arrive dans son régiment. Soldat de 2º classe, il appartient aux hommes qui se battaient aux côtés de la 10º Cie du 24º Régiment d’Infanterie Coloniale. Ces soldats  font partie du grade le plus bas de l’armée. Ce sont des combattants de base qui servaient essentiellement de chair à canon.

 

  • 4 février 1915: Alphonse Bacquié est tué sur le champ de bataille.Nous avons la chance d’avoir retrouvé un récit détaillé de la mort de notre soldat. Il s’agit du Journal des Marches et Opérations de 24º Régiment d’Infanterie Coloniale. C’est ainsi que nous avons appris les terribles conditions dans lesquelles est mort Alphonse Bacquié.Le 3 février 1915, à 11h du matin, les Allemands lancent l’offensive en faisant sauter “une partie des tranchées du col des Abeilles”. Ils s’emparent ainsi de la 1º ligne des tranchées sur “une longueur d’environ 500 mètres”. Tout au long de la journée, les Français subissent les bombardement allemands. L’un d’eux est “particulièrement violent” et “cause des pertes sensibles” à la 11º Cie qui demande des renforts à la 10ième Compagnie. Parmi eux, se trouve Alphonse Bacquié. Les bombardements allemands dureront “toute la journée du 3 et la nuit du 4.”Une contre-attaque des Français doit avoir lieu à 21 heures. Finalement, elle est retardée “et n’est prononcée qu’à minuit, après une courte mais violente préparation d’artillerie.” La 10º Cie, sous les ordres du Capitaine Gressin, y participe. Mais malheureusement, arrivés la nuit sur un terrain inconnu par suite “d’une erreur de direction”, elle se retrouve sur une partie de la tranchée, à quelques mètres des Allemands. L’ennemi se défend vigoureusement “avec une mitrailleuse et des tireurs de position”. Le Capitaine et ses soldats font de leur mieux pour survivre en essayant de “s’emparer de la mitrailleuse”, “de sortir de la tranchée” et même en lançant des grenades sur la mitrailleuse. Tout cela, sans grands résultats. Ils réussissent tout de même à s’emparer de quelques tranchées de 2º ligne ,mais les Allemands occupent quasiment tout le territoire.“Les pertes du Régiment ont été d’environ 132 hommes, en grande partie des 10º et 11º Cies.” Le nom de Bacquié figure parmi cette liste des morts du 4 février. 
  • après 1915: Nous avons trouvé des descendants d’Alphonse Bacquié. Il s’agit de deux orphelins de mère inconnue dont nous n’avons aucune trace à ce jour. La Société de Bienfaisance faisait des comptes rendus détaillés de chacune de ses réunions. C’est ainsi que lorsque nous avons retrouvé les documents qui témoignent de l’existence des orphelins, nous nous sommes rendus compte que leurs prénoms ne sont jamais mentionnés.Nous estimons leur date de naissance entre 1908 (les 15 ans du père) et 1915 (le décès de ce dernier). Étant donné qu’ils ne sont pas reconnus par leur mère, nous pensons qu’il s’agit de jumeaux. Ce sont certainement deux garçons ou un garçon et une fille, puisqu’ils se réfèrent à eux en tant que “les frères Bacquié”.À la mort de leur père, les jeunes enfants restent avec leur grand-mère. Nous ignorons s’il s’agit de la grand-mère paternelle ou maternelle. La Société de Bienfaisance les prend donc en charge. Elle fournit les documents d’état civil et d’autres renseignements à l’Oeuvre des Bons enfants pour leur rapatriement. Il reste maintenant à les habiller et les envoyer à Paris. Pour cela, ils estiment que les dépenses : “pourraient être réduites si on confiait ces enfants aux bons soins des sœurs françaises de l’Hôpital de l’enfant Jésus où ils pourraient être habillés à bon marché et asilés jusqu’au prochain voyage à Paris”. En 1923, les enfants Bacquié sont nommés enfin Pupilles de la Nation.Quelques années plus tard, ils ont 15 jours de congé. Leur grand-mère souhaite les faire venir à Madrid pour l’occasion. La Société de Bienfaisance estime qu’il est préférable d’envoyer la grand-mère à Paris, de peur que les enfants ne repartent pas s’ils venaient à Madrid. Elle est donc accompagnée par une sœur de Saint Louis pour voir ses petits-enfants.En octobre 1928, les frères Bacquié rentrent à Madrid. La Société de Bienfaisance pense désormais qu’elle n’est plus dans l’obligation de les prendre en charge. Et à partir de là, nous ne savons plus rien d’eux … Notre dernière piste à exploiter, ce sont les Archives de Paris. Affaire à suivre.

 

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