Minute émotions

Chères lectrices et chers lecteurs,

Voilà c est fini! C est l occasion de revenir sur cette expérience extraordinaire.

Comment définir un voyage scolaire? Oh, très simple : des ados parfois irritants encadrés par des bipèdes plus grands et plus sérieux qu’eux, en principe. Le tout organisé par une agence de voyage très sérieuse, le Lycée Français de Madrid. Pas très folichon de prime abord!

Et pourtant, la magie s’est invitée dans notre projet. Ça a d abord été une flammèche, née en salle A1, avec des têtes penchées sur des documents centenaires, des prises d’initiatives, des échanges constructifs entre élèves et professeurs, ou tout simplement entre passionnés.

Cette étincelle a grandi au cours du voyage. Premier voyage en bus, les élèves se bousculent pour s agglutiner tout au fond du bus … On ne mélange pas les torchons et les serviettes. Et puis survient un étrange phénomène : les élèves se retrouvent assis … juste derrière les professeurs. Et leur proposent même de faire un bac avec eux. Les rires fusent, chacun cherche la pépite qui permettra de gagner.

Tout est presque permis, surtout face à des défis insurmontables tels que le X ou encore le U.

Il en faut beaucoup plus pour impressionner M. Estrade. Qu’a cela ne tienne, il modèle les mots à sa guise et nous présente une nouvelle espèce de mollusque, très rare naturellement : l’U-ître … Qui ne tente rien, n’a rien. Fous rires dans l’assemblée garantis. Et un souvenir mémorable.

Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous nous quittons vendredi soir à l’aéroport, émus et conscients d’avoir vécu un moment tout simplement magique.

Nous sommes partis avec une classe, avec 28 personnalités. Nous sommes revenus avec une grande famille.

Nous sommes partis avec des ados parfois rebelles, nous sommes revenus avec des jeunes femmes et des jeunes hommes, fiers d’avoir nourri la flamme du souvenir, fiers de leur engagement unique.

Merci à vous pour ce magnifique cadeau.

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Hommage à Charles Baudelaire

Qui ne connaît pas M. Baudelaire? Qui n’a jamais feuilleté, de gré ou de force, les Fleurs du Mal? …

Alors, quand l’occasion se présente d aller au cimetière Montparnasse, l’idée d’aller sur la tombe de ce poète fantastique s’impose tout naturellement.

Mais, seuls les initiés, hi-hi, peuvent la trouver. En effet, Baudelaire, à son grand dam très certainement, repose dans le caveau familial aux côtés de son beau-père, M. Jacques Aupick, qu’il détestait cordialement et dont le nom trône sur le haut de la stèle.

Imaginez déjà un beau-père : Baudelaire perd son père, un homme lettré, à l âge de 6 ans. Sa mère se remarie un an plus tard avec un Général, un homme autoritaire et rude, qui le mettra plus tard sous tutelle pour limiter le train de vie dispendieux de Baudelaire, réduit alors à mener une vie chiche.

Les élèves sont cependant venus rendre hommage à ce génie des mots. Ils ont choisi 3 poèmes qui les ont touchés pour les déclamer sur sa tombe.

Ariadna a choisi La mort des amants :

« Nous aurons des lits pleins d odeurs légères,

Des divans profonds comme des tombeaux »

Marguerite et Luis enchaînent sur Le Poison :

« Tout cela ne vaut pas le poison qui découle

De tes yeux, de tes yeux vers »

Bruno et Pablo clôture la lecture avec l’Hymne à la beauté :

« L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,

Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau! »

Hommage à Marcel Süss

Une belle rencontre nous attend pour ce dernier jour. Nous avons rendez-vous au cimetière Montparnasse avec la nièce de notre poilu : Mme Haymann.

Elle nous accueille devant le caveau familial où reposent notre poilu, ses parents et ceux de Mme Haymann.

D une voix douce et posée, elle nous emmène sur les traces de son oncle.

M. Marcel Süss a vécu sur Madrid jusqu’en 1910, date où la famille rentre sur Paris. Il suit alors les traces de son père et fait l’École Centrale de Paris. A 26 ans, il s’engage au tout début de la guerre, fier de défendre sa Patrie. Il tient un carnet de route quotidien dans lequel il consigne les mouvements de son régiment. Le ton est factuel, précis. On sent l homme déterminé.

Ses derniers mots sont simples et en même temps terribles : « mercredi 9 septembre – départ à 3h30 ». Il n aura pas l occasion de le poursuivre…

Les soldats se trouvent alors à Condé en Barrois. Ils s’affairent en pleine nuit pour préparer les chevaux, quand soudain des avions allemands de reconnaissance, les tout premiers, survolent la zone et la bombardent. M. Marcel Süss est mortellement touché. Ses compagnons l enterrent dans le village voisin. La famille du défunt pourra ainsi récupérer sa dépouille pour l inhumer à Paris et lui rendre hommage.

Nos 16 élèves sont captivés par le récit des derniers instants de leur poilu. Mme Le Guennec, IPR de l’AEFE, était également parmi nous à l’occasion de cette belle cérémonie. Puis, l un des élèves , Adrian Bravo, a pris la parole pour lire l hommage à M.Süss. L émotion est palpable. Nous déposons ensuite la gerbe de fleurs dans le caveau.

Le temps nous file entre les doigts. Notre avion nous attend. Nous remercions Mme Haymann pour sa gentillesse et sa simplicité et l’invitons à venir découvrir notre exposition, prévue pour mai 2019.

Les archives côté coulisses

IMG_20180608_103344[1]Décidément, les 2nde 7 sont pleins de surprise. Monsieur E. pensait qu’il allait devoir imposer à un certain nombre d’élèves cette sortie aux Archives, compte tenu de l’extraordinaire présence au même moment de la nièce de notre poilu Marcel Suss lors de notre hommage au cimetière Montparnasse. Et bien, il avait tort. Il a dû tirer au sort 10 élèves parmi une quinzaine de noms. Quasiment à l’aube (les lecteurs de ce blog voyage saisiront l’ironie de cette indication en se référant aux photographies précédentes), la petite équipe s’embarque pour l’est parisien. Deux erreurs de changement de métro plus tard, nous voici devant le bâtiment moderne des Archives de Paris. Monsieur E. met en garde les élèves : vous savez, le monde des Archives est un peu austère, ne prenez pas la mouche si on vous parle rudement. Là encore, Monsieur E. a tout faux. Notre accueil par Dominique Jugnié et son assistante est chaleureux, enthousiaste, attentif. Les explications sont enlevées et captent l’attention des élèves, qui appréhendent peu à peu tout un univers professionnel.

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Nous découvrons d’abord le fonctionnement des Archives de Paris, à la fois archives municipales et départementales. Cette présentation théorique se poursuit par une passionnante visite dans les coulisses des archives : nous suivons le trajet d’un document de son arrivée au centre jusqu’à sa communication au public. Les élèves découvrent comment les documents sont triés, répertoriés, conservés, restaurés, mis en valeur. Des cas concrets nous sont présentés : l’acte de décès de Victor Hugo retient notre attention puisque l’auteur des Contemplations est décédé dans une avenue … qui portait son nom. C’est dire la renommée du personnage dès son vivant. Le registre matricule de Marcel Proust fait aussi partie des pépites.

De retour dans la salle de conférence, les tables ont été aménagées par un atelier de lecture des 10 registres matricules que nous n’avions pas pu consulter jusque là, puisqu’ils sont en cours de numérisation.

Nous pouvons ainsi déchiffrer et relever des informations sur 10 de nos 40 poilus. De quoi compléter les biographies de notre futur livre d’Or. Ana est épatée : Henri Nicot n’a pas seulement vécu en Espagne. Il a habité à New-York (On a même les coordonnées de l’intersection de Manhattan), mais plus incroyable encore à Manille aux Philippines. A travers les destins de nos poilus, on réalise combien la fin du XIXéme siècle fut marquée par des migrations européennes impressionnantes.

Chaque fiche matricule est précieusement photographiée (merci au smartphone) et sera décryptée par la prochaine génération d’élèves de l’enseignement d’exploration Patrimoine.

Deux heures et demie sont (trop) vite passées. Nous ne regarderons désormais plus comme avant les documents mis en ligne sur les sites internet des archives françaises.

Visite du Louvre-Lens

IMG-20180607-WA0003C’est en réalisant sa proximité avec le site de Notre Dame de Lorette que le Louvre-Lens s’est invité dans notre programme de visite. Il faut dire que la moitié des élèves avait réfléchie l’an dernier en géographie à la problématique suivante : « Y a-t-il un effet Bilbao avec le Louvres-Lens ? », en référence à l’impact de l’implantation du Musée Guggenheim. Plusieurs objectifs à cette visite : confronter les connaissances construites en classe à partir de documents et la réalité du terrain, réfléchir à l’opportunité d’un tel aménagement, distinguer exposition permanente et exposition temporaire (en vue de la préparation de notre propre exposition), identifier des propositions originales de mise en oeuvre du patrimoine, nourrir aussi la culture personnelle et artistique de chacun, observer un projet architectural original…

Alors… le bilan est contrasté… Le bâtiment remplit ses fonctions, mais marque peu nos élèves, peu formés il est vrai à l’observation architecturale moderne. La galerie du temps laisse les élèves dubitatifs… mis à part l’idée de présenter un continuum temporel, qu’y avait-il à voir et à comprendre dans cette mise en scène des oeuvres?IMG_20180607_112049

L’exposition temporaire, bien qu’ardue, puisqu’elle porte sur la Perse du XIXème siècle et son rapport à la modernité, a davantage séduit les élèves, par les thèmes abordés, la mise en espace et en couleurs, la richesse des oeuvres présentées. La scénographie est assez classique : des salles thématiques identifiées par une couleur des murs, une présentation du contexte écrite sur le mur d’entrée de la salle, une identification et un descriptif court de chaque oeuvre. Parfois quelques devinettes. Quel contraste avec l’originalité du Mémorial de Verdun!

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On l’aura compris, une visite qui a fait réfléchir les élèves, mais dont on n’est pas certain qu’elle les aura convaincus de revenir sur ce site un jour.

On se rappelle alors de la campagne d’affichage dans le gare de l’Est devant le tableau d’Herter, vantant une exposition temporaire au Musée Mertz-Beaubourg. On était songeur…

Dernière journée

Les troupes sont fatiguées après une semaine riche en rencontres et émotions.

Au menu pour cette dernière matinée, les Archives de Paris pour 10 élèves accompagnés de M.Estrade.

Pour le reste du groupe, en route pour le cimetière Montparnasse où se trouve l un de nos soldats M. Marcel Süss. Nous lui rendrons hommage sur sa tombe, en compagnie de sa nièce.